Interview d’un testeur #2 – Thierry Gerbeau

Interview d’un testeur #2 – Thierry Gerbeau

Avec cette second interview, nous continuons à donner la parole à des testeurs Français. Le second à avoir pris le temps de répondre à nos questions est Thierry Gerbeau; il est actuellement Responsable Qualité chez A Little Market (Etsy France) le spécialiste du fait main sur Internet.

 

Qui êtes-vous, que faites-vous, où travaillez-vous ?

alm

Je travaille pour aLittleMarket.com en tant que responsable Qualité depuis bientôt 4 ans.

Comment décririez-vous votre travail à un enfant de 6 ans ?

Le médecin pose beaucoup de questions avant de savoir quel médicament il doit donner aux personnes qui viennent le voir. Notre métier est de poser beaucoup de questions aux personnes qui travaillent avec des ordinateurs pour les aider à mieux travailler avec.

Avec le recul, et si vous deviez redémarrer votre carrière de testeur, quels conseils donneriez-vous ?

Pour démarrer, rapprochez-vous au plus vite d’une communauté de testeurs. Vous gagnerez un temps précieux et vous aurez un appui solide qui vous donnera le courage de prendre de nouvelles décisions dans votre entreprise et dans vos futurs postes. N’arrêtez jamais d’apprendre, allouez-vous du temps pour le faire. Apprenez en échangeant des idées, en expliquant aux autres, en écrivant.
Pour la suite, élargissez vos domaines de compétences en étant curieux, intéressez-vous à d’autres secteurs d’activités qui viendront vous aider dans votre métier de testeur. (aviation, médecine, …).
Constituez-vous une bibliothèque de liens, d’images, d’articles, de livres sur lesquels vous pouvez revenir régulièrement et partager vos références/sources avec vos collègues au moment opportun.

Racontez-nous une anecdote de votre vie de testeur (bon ou mauvais moment, bug incroyablement dur à reproduire ou analyser…)

Quand je suis arrivé chez ALM, les bugs n’étaient absolument pas priorisés. Le CTO (alors responsable du tri des bugs) croulait complètement sous les tickets Jira. Aujourd’hui, nous avons mis en place une matrice de risque qui nous donne une meilleure visibilité sur les priorités de corrections des bugs. Même si ce n’est qu’un modèle donc par définition avec ses propres limitations, le classement des bugs par risque a nettement amélioré le quotidien des équipes.

Le plus dur avec l’investigation de bug, c’est qu’après avoir passé plusieurs jours à traquer un problème pour le comprendre et le reproduire, il arrive parfois que nous n’envisageons pas de le corriger. En effet, la qualité et les bugs ont une dimension sociale et doivent être discutés avec les parties concernées (« Quality is value to someone who matters »).

Qu’est-ce qui vous énerve le plus dans les fausses idées qu’on se fait sur le test ?

Le lien entre une erreur non détectée et l’utilisation systématique des tests automatisés. “On n’a pas pu détecter un bug en prod, il nous manque certainement des tests automatisés pour détecter cela.”. Ce qui est remis assez régulièrement sur le tapis, c’est la valeur que l’on ajoute à l’équipe et à quel moment opportun on doit remonter les soucis. Je crois que beaucoup de personnes ne comprennent pas notre métier.

Quels sont les challenges que vous avez à affronter en tant que testeur au sein d’une équipe produit logiciel ? Et comment les surmontez-vous ?

Notre travail est d’apporter des informations qui ont de la valeur pour l’entreprise, quelque soit le projet dans lequel le testeur intervient. C’est un vrai challenge car il faut sans cesse s’adapter aux projets, apprendre des nouveaux outils et développer des nouvelles compétences. Il faut également savoir communiquer avec tact (surtout pour annoncer des “mauvaises” nouvelles). Être constant dans son travail et se construire une solide réputation de bon testeur. Être précis dans ses remontées, avoir le souci du détail. En tant que testeur seul, votre équipe est un puissant atout. Comment les différentes perspectives de la qualité sont partagées au sein de votre équipe ? Comment l’équipe peut elle s’améliorer et trouver des solutions/process qui lui convienne ? Comment apprenons nous de nos précédents échecs ? 

Avez-vous des modèles, des personnes vous inspirant (testeurs ou pas) ?

James Bach & Michael Bolton pour toute leur littérature formidable depuis des années, Gojko Adzic pour sa vision d’ensemble sur la qualité et ses nombreuses contributions, articles, vidéos, livres.  

Comment continuez-vous à apprendre ?

  • Il ne faut vraiment pas se limiter à la communauté de testeurs, même si évidemment elle est très utile. Aller chercher des infos partout où vous pouvez en trouver. Récemment, je suis tombé sur un ouvrage “Usability Testing of Medical Devices” qui est riche en informations qui peuvent être utiles pour la facilité d’utilisation de nos logiciels.
  • The dojo
  • Ministry of testing et son slack
  • MOOC, Coursera, etc…
  • YouTube
  • Livres
  • Twitter

Citer un ou des outils qui vous sont devenus indispensables ?

Notre principal outil se situe entre nos 2 oreilles. Un esprit critique que l’on travaille en permanence. Une bonne écoute. Une soif d’apprendre des nouvelles choses (liées ou pas aux sujets qui peuvent faire avancer votre équipe): ce qui vous rebute le plus, peut souvent être un bon point de départ pour apprendre une nouvelle chose.
Les outils de tests sont nombreux mais dépendent du contexte de votre entreprise, ne partez jamais seul dans le choix d’un outil, parlez-en avec votre équipe.

A quelle révolution les testeurs doivent-ils se préparer ?

Ce n’est pas nouveau, les testeurs ne sont pas assez mis en lumière dans les équipes et souvent il y a un rapport de force dev vs testeurs. James Bach parle de vivre ensemble dans une “villa” dans laquelle l’entente sera bonne.

Chez nous, l’entente entre devs et testeurs est bonne, mais cela ne suffit pas. Pour faire son métier de testeur, il faut se servir de son esprit critique le plus tôt possible. Nous intervenons beaucoup trop tard dans le processus de livraison de features software. Comment travailler dès le début de la phase de recherche avec le Product Manager ? Comment valoriser notre métier en testant la vue d’ensemble le plus tôt possible ? 

On doit s’assurer que de la valeur a été ajoutée pour les différentes parties impliquées dans le projet, notre métier de testeur ne s’arrête aucunement aux tests fonctionnels. Tester toutes les assomptions et avancer en s’améliorant par petites étapes.

Le vrai challenge pour moi est de montrer que notre esprit critique est une force redoutable que l’on aiguise en permanence et qui est le meilleur copilote quand on part sur des sentiers inexplorés avec son équipe.


Merci Thierry. N’hésitez pas à réagir en commentaire si vous voulez continuer le débat sur un des sujets abordés. Nous aurons un autre invité dans les prochaines semaines.

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