Interview d’une testeuse #3 – Stéphanie Desby

Interview d’une testeuse #3 – Stéphanie Desby

Après Julien et Thierry, c’est cette fois Stéphanie Desby qui a bien voulu répondre à nos questions. Comme vous allez le voir, elle se définit comme testeuse/développeuse, actuellement au sein de l’entreprise Vidal France, société spécialisée dans l’information sur les produits de santé et la sécurisation de la prescription.

Qui êtes-vous, que faites-vous, où travaillez-vous ?

Je suis testeur/développeur chez Vidal France. Je suis responsable des tests des API REST et des installeurs que nous livrons à nos clients. C’est également moi qui me charge de l’automatisation de certains de ces tests, d’où le “/développeur”.

Comment décririez-vous votre travail à un enfant de 6 ans ?

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Mon travail consiste à faire le maximum pour qu’on n’envoie pas des applications cassées chez les clients. Pour ça, je m’occupe de vérifier que ce qu’on fait correspond à ce qu’on nous a demandé et que ça ne provoque pas de problèmes.

Avec le recul, et si vous deviez redémarrer votre carrière de testeur, quels conseils donneriez-vous ?

C’est une question difficile. Quand j’ai commencé à m’intéresser aux tests, j’ai trouvé qu’il y avait peu d’informations sur le métier de testeur. La plupart de la littérature est en anglais, ce qui ne facilite pas les choses.  Le conseil que je donnerais c’est de ne pas se focaliser sur les certifications. Quand on débute on a tendance à croire que sans une certification on ne peut pas être testeur car c’est un peu le seul repère qu’on a.

Mais pour être testeur, je crois que le plus important c’est d’être curieux. Les ressources se diversifient, on trouve des podcasts, des vidéos, des forums à propos du test.

Et surtout, il ne faut pas hésiter à se lancer. On peut par exemple participer à des alpha-tests ou des béta-test de jeux. Il existe aussi des plateformes rémunérées où l’on peut s’inscrire et faire des tests de sites web ou d’applications. C’est très formateur et en plus d’acquérir des compétences, ça permet de croiser quelques logiciels toujours bien à mettre sur un CV comme Jira ou Mantis.

Si vous deviez recruter un testeur, que rechercheriez-vous chez un candidat pour ce rôle ?

Ask

Je rechercherais quelqu’un qui montre une capacité à questionner les choses. Quelqu’un qui ne prendrait pas tout ce qu’on lui dit pour acquis, et qui n’hésite pas à poser des questions. Quelque chose qu’on aime faire en recrutement, c’est poser un problème aux gens de manière floues, parfois avec des consignes contradictoires dites par chacun de l’équipe pour voir comment le candidat réagit.

Je prêterais également attention à son soucis du détail, à sa capacité à expliquer ce qu’il fait et à interpréter les résultats.

Racontez-nous une anecdote de votre vie de testeur (bon ou mauvais moment, bug incroyablement dur à reproduire ou analyser…)

Stop

C’était une période difficile chez Vidal. On devait livrer un client dans l’urgence, je devais faire les tests d’un installeur et tout le monde attendait que je finisse et que je donne le verdict. Livrable ou pas livrable cet installeur ? C’était une très grosse pression. Cela ne faisait pas longtemps que je travaillais dans l’entreprise, c’était un peu mon baptême du feu.

Bref, je commence mes tests et là en lançant le produit, je me rends compte d’un truc énorme. Je ne me souviens plus exactement quoi mais en gros, ça ne marchait pas du tout ! Panique générale ! Je rappelle toute l’équipe, je leur montre, je leur explique, je m’agite dans tous les sens, en mode fin du monde.

Le Product Owner et le Lead dev regardent mon environnement et me sourient : je n’avais pas correctement configuré mon environnement de test.

Je me suis sentie bête sur le coup, mais j’ai la chance de travailler avec une équipe géniale, je veux dire que j’étais juste soulagée de m’être trompée et j’ai pu continuer mes tests. Mais j’ai appris ce jour là qu’il ne faut pas céder à la panique, ou au moins apprendre à la maîtriser.

Une leçon que je m’efforce d’appliquer au quotidien et dans tous les domaines !

Qu’est-ce qui vous énerve le plus dans les fausses idées qu’on se fait sur le test ?

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Le fait que beaucoup de monde pense que c’est un métier facile. Une fois on m’a même dit “On paye des gens pour faire ça ?”.

Ce n’est pas un métier facile. Il demande beaucoup de compétences dans de nombreux domaines: compétences orales, écrites, organisationnelles, sens de l’observation et du détail, une bonne compréhension de ce que l’on fait et la capacité d’apprendre vite. Il demande aussi de lutter contre soi-même, les fameux biais cognitifs dont vous avez parlé dans un article que je recommande chaudement. C’est un exercice difficile et intellectuellement stimulant. On doit repérer les anomalies, mener l’enquête pour connaître leur origine, restituer ce qu’on a observé aux membres de l’équipe de la façon la plus claire possible (et ce n’est pas aussi facile qu’il n’y paraît !). Et ça sans parler du côté automatisation qui va demander, en plus, des compétences beaucoup plus techniques.

Quels sont les challenges que vous avez à affronter en tant que testeur au sein d’une équipe produit logiciel ? Et comment les surmontez-vous ?

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Mon plus gros challenge c’est qu’il faudrait que je sois partout à la fois. Je suis la seule testeuse dans une équipe où il y a parfois 2 sprints et ce que nous appelons “le fil de l’eau”, c’est-à-dire la gestion de ce qu’il se passe en production et les release à venir. Je suis donc constamment en train de jongler entre ces univers.

Difficile de se donner à 100% pour chacun : préparation des projets, écriture des scénario de tests, tests exploratoires, automatisation des tests, etc. __Pour s’aider, on a mis en place la technique de l’Example Mapping dans notre équivalent des 3 amigos (qu’on appelle Grooming Session chez nous). En écrivant les règles de chaque fonctionnalité tous ensemble, on s’assure que tout le monde a compris la même chose. Et quand la fonctionnalité a été développée, n’importe qui peut reprendre ces règles et vérifier que la fonctionnalité y répond.

Avez-vous des modèles, des personnes vous inspirant (testeurs ou pas) ?

Déjà, j’admire les personnes qui sont capables de donner du temps et de l’énergie pour partager leur savoir avec les autres. J’ai un blog, parlonstest, mais j’ai beaucoup de mal à tenir un rythme correct alors ceux qui en sont capables ont vraiment tout mon respect. Donc merci à Lyon Testing pour son blog !

HuibEnsuite, pour les personnes qui m’inspirent, si je dois citer des noms, je dirais que j’aime beaucoup lire le blog de Huibb Schoot. Je trouve ses articles pertinents et moins long et difficiles à lire que d’autres.

Sinon je puise ici et là des ressources qui me permettent de prendre des avis et d’avancer mais je ne sais pas si on peut vraiment parler de modèle.

Comment continuez-vous à apprendre ?

Je me rends à des conférences, à des formations. Je n’hésite pas à demander de l’aide à ma boîte qui par chance me soutient dans cette démarche. Dans le monde du test, il se passe plein de choses, mais presque toujours en dehors de nos frontières. Mais Brighton avec le TestBash ou Berlin avec les Agile Testing Days ne sont pas si loin et ça vaut vraiment l’investissement ! mot

Ensuite il y a les podcasts (Let’s talk about test baby! , Test Talks), les chaînes youtube comme White board testing et le très bon site Ministry Of Testing qui offre également un forum : The Club et un Dojo rempli de ressources pour apprendre !

Citer un ou des outils qui vous sont devenus indispensables ?

postmanPostman. Pour faire du test d’API Rest, c’est vraiment un outil indispensable ! Il permet de faire ses requêtes, d’analyser les réponses, d’ajouter des tests et de tout enregistrer. En plus en s’inscrivant, on peut retrouver ses requêtes depuis n’importe quel poste de travail, les partager avec son équipe, etc.

Vraiment un indispensable que j’utilise au quotidien. De plus il évolue souvent et les fonctionnalités ajoutées sont toutes utiles et documentées dans leur blog.

A quelle révolution les testeurs doivent-ils se préparer ?

robotJe crois que l’enjeu majeur du moment est de réussir à expliquer aux équipes que l’automatisation n’est pas une fin en soi. C’est un outil qui est là pour faciliter la vie de tout le monde mais ce n’est pas parce qu’on automatise des vérifications qu’on peut se passer d’un testeur. La machine ne fera jamais que ce qu’on lui dit. Il y a beaucoup de managers aujourd’hui qui ont du mal à comprendre ça et à ne pas tout pousser vers l’automatisation comme si c’était LA garantie du zéro bug, qui n’est qu’un mythe, rappelons-le !


Merci Stéphanie. N’hésitez pas à réagir en commentaire si vous voulez continuer le débat sur un des sujets abordés. Nous aurons un (ou une) autre invité(e) dans les prochaines semaines.

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